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English-French Library Heredia, José-Maria de - Les trophées [French, 34 pages]

   
Heredia in Wikipedia...

- Excerpts -

Page 1 : José-Maria de Heredia (1842--1905) LES TROPHÉES Table des matières ÉPÎTRE LIMINAIRE LA GRÈCE ET LA SICILE L'Oubli HERCULE ET LES CENTAURES Némée Stymphale Nessus La Centauresse Centaures et Lapithes Fuite de Centaures La Naissance d'Aphrodité Jason et Médée ARTÉMIS ET LES NYMPHES Artémis La Chasse Nymphée Pan Le Bain des Nymphes Le Vase Ariane Bacchanale Le réveil d'un dieu La magicienne Sphinx Marsyas PERSÉE ET ANDROMÈDE Andromède au monstre Persée et Andromède Le Ravissement d'Andromède ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES Le Chevrier Les Bergers Épigramme votive Épigramme funéraire Le Naufragé La Prière du Mort L'Esclave Le Laboureur À Hermès Criophore La Jeune Morte Regilla Le Coureur Le Cocher Sur L'Othrys ROME ET LES BARBARES Pour le Vaisseau de Virgile Villula La Flûte À Sextius HORTORUM DEUS I II III IV V Le Tepidarium Tranquillus Lupercus La Trebbia Après Cannes À un Triomphateur ANTOINE ET CLÉOPÂTRE Le Cydnus Soir de Bataille Antoine et Cléopâtre SONNETS ÉPIGRAPHIQUES Le Voeu La Sou

Page 5 : Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs Où près des reins rayés luisent des ventres blancs De léopards roulés dans la pourpre et la fange. Sur les corps convulsifs les fauves éblouis, Avec des grondements que prolonge un long râle, Flairent un sang plus rouge à travers l'or du hâle; Mais le Dieu, s'enivrant à ces jeux inouïs, Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle Au mâle rugissant la hurlante femelle. Le réveil d'un dieu La chevelure éparse et la gorge meurtrie, Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens, Les femmes de Byblos, en lugubres accents, Mènent la funéraire et lente théorie. Car sur le lit jonché d'anémone fleurie Où la Mort avait clos ses longs yeux languissants, Repose, parfumé d'aromate et d'encens, Le jeune homme adoré des vierges de Syrie. Jusqu'à l'aurore ainsi le choeur s'est lamenté, Mais voici qu'il s'éveille à l'appel d'Astarté, L'Époux mystérieux que le cinname arrose.

Page 9 : Que des souffles de l'air, de tous le plus léger, Que le doux Iapyx, redoublant son haleine, D'une brise embaumée enfle la voile pleine Et pousse le navire au rivage étranger. À travers l'Archipel où le dauphin se joue, Guidez heureusement le chanteur de Mantoue; Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon. La moitié de mon âme est dans la nef fragile Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion, Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile. Villula Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'héritage Que tu vois au penchant du coteau cisalpin; La maison tout entière est à l'abri d'un pin Et le chaume du toit couvre à peine un étage. Il suffit pour qu'un hôte avec lui le partage. Il a sa vigne, un four à cuire plus d'un pain, Et dans son potager foisonne le lupin. C'est peu? Gallus n'a pas désiré davantage. Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers, Et de l'ombre, l'été, sous les feuillages verts; À l'automne on y prend quelque grive au passage.

Page 13 : GARRI DEO. SABINVLA. V. S. L. M. Dans ce vallon sauvage où César t'exila, Sur la roche moussue, au chemin d'Ardiège, Penchant ton front qu'argente une précoce neige, Chaque soir, à pas lents, tu viens t'accouder là. Tu revois ta jeunesse et ta chère villa Et le Flamine rouge avec son blanc cortège; Et pour que le regret du sol Latin s'allège, Tu regardes le ciel, triste Sabinula. Vers le Gar éclatant aux sept pointes calcaires, Les aigles attardés qui regagnent leurs aires Emportent en leur vol tes rêves familiers; Et seule, sans désirs, n'espérant rien de l'homme, Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.

Page 17 : En tous lieux, Côte-Ferme, îles, sierras arides, Il a planté la croix, et, depuis l'escalier Des Andes, promené son pennon familier Jusqu'au golfe orageux qui blanchit les Florides. Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux, Sous l'armure de bronze aux splendides rinceaux, Font revivre l'aïeul fier et mélancolique; Et ses yeux assombris semblent chercher encor Dans le ciel de l'émail ardent et métallique Les éblouissements de la Castille d'Or. À un Fondateur de Ville Las de poursuivre en vain l'Ophir insaisissable, Tu fondas, en un pli de ce golfe enchanté Où l'étendard royal par tes mains fut planté, Une Carthage neuve au pays de la Fable. Tu voulais que ton nom ne fût point périssable, Et tu crus l'avoir bien pour toujours cimenté À ce mortier sanglant dont tu fis ta cité; Mais ton espoir, soldat, fut bâti sur le sable.

Page 21 : Le Bain L'homme et la bête, tels que le beau monstre antique Sont entrés dans la mer, et nus, libres, sans frein, Parmi la brume d'or de l'âcre pulvérin, Sur le ciel embrasé font un groupe athlétique. Et l'étalon sauvage et le dompteur rustique, Humant à pleins poumons l'odeur du sel marin, Se plaisent à laisser sur la chair et le crin Frémir le flot glacé de la rude Atlantique. La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur Et déferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue En jets éblouissants fait rejaillir l'eau bleue; Et, les cheveux épars, s'effarant dans l'azur, Ils opposent, cabrés, leur poitrail noir qui fume, Au fouet échevelé de la fumante écume. Blason céleste J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour émail, Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre, À l'Occident où l'oeil s'éblouit à les suivre, Peindre d'un grand blason le céleste vitrail.

Page 25 : Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles, Un instant, ébloui, s'arrêta sur le seuil Aux acclamations qui flattaient ses oreilles. Il s'avançait, chargé du glorieux accueil... Tout à coup, repoussant peuple, massiers et garde, Une femme apparut, pâle, en habits de deuil. Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde, Et, sous le voile épars de ses longs cheveux roux, Sanglotante et pâmée, elle cria:--Regarde! Reconnais-moi! Seigneur, j'embrasse tes genoux. Mon père est mort qui fut ton fidèle homme lige; Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous! Je me plains hautement que le Roi me néglige Et ne veux plus attendre, au gré du meurtrier, La vengeance à laquelle un grand serment t'oblige. Oui, certe, ô Roi, je suis lasse de larmoyer; La haine dans mon coeur bout et s'irrite et monte Et me prend à la gorge et me force à crier: Vengeance, ô Roi, vengeance et justice plus prompte! Tire de l'assassin tout le sang qu'il me doit!-- Et le peuple disait:--C'est la fille du Comte.

Page 29 : Là, Pizarre, accouru pour implorer son aide, Conta ses longs travaux et, ployant le genou, Lui fit en bon sujet hommage du Pérou. Puis ayant présenté, non sans quelque vergogne D'offrir si peu, de l'or, des laines de vigogne Et deux lamas vivants avec un alpaca, Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua Ces moutons singuliers et de nouvelle espèce Dont la taille était haute et la toison épaisse; Même, il daigna peser entre ses doigts royaux, Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux; Mais quand il dut traiter l'objet de la demande, Il répondit avec sa rudesse flamande: Qu'il trouvait, à son gré, que le vaillant Marquis Don Hernando Cortès avait assez conquis En subjuguant le vaste empire des Aztèques; Et que lui-même ainsi que les saints Archevêques Et le Conseil étaient fermement résolus À ne rien entreprendre et ne protéger plus, Dans ses possessions des mers occidentales, Ceux qui s'entêteraient à ces courses fatales Où s'abîma jadis Diego de Nicuessa.

Page 33 : Sa cape, dont le vent a dérangé les plis, Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis; Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race, Qui tous avaient quitté l'acier pour la cuirasse De coton, il gardait, sous l'ardeur du Cancer, Sans en paraître las, son vêtement de fer. Son barbe cordouan, rétif, faisait des voltes Et hennissait; et lui, châtiant ces révoltes, Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts Les molettes d'argent de ses lourds éperons, Mais sans plus s'émouvoir qu'un cavalier de pierre, Immobile, et dardant de sa sombre paupière L'insoutenable éclat de ses yeux de gerfaut. Son coeur aussi portait l'armure sans défaut Qui sied aux conquérants, et, simple capitaine, Il caressait déjà dans son âme hautaine L'espoir vertigineux de faire, tôt ou tard, Un manteau d'Empereur des langes du bâtard.

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