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Que des souffles de l'air, de tous le plus léger,
Que le doux Iapyx, redoublant son haleine,
D'une brise embaumée enfle la voile pleine
Et pousse le navire au rivage étranger.
À travers l'Archipel où le dauphin se joue,
Guidez heureusement le chanteur de Mantoue;
Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
La moitié de mon âme est dans la nef fragile
Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion,
Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
Villula
Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'héritage
Que tu vois au penchant du coteau cisalpin;
La maison tout entière est à l'abri d'un pin
Et le chaume du toit couvre à peine un étage.
Il suffit pour qu'un hôte avec lui le partage.
Il a sa vigne, un four à cuire plus d'un pain,
Et dans son potager foisonne le lupin.
C'est peu? Gallus n'a pas désiré davantage.
Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers,
Et de l'ombre, l'été, sous les feuillages verts;
À l'automne on y prend quelque grive au passage.
C'est là que, satisfait de son destin borné,
Gallus finit de vivre où jadis il est né.
Va, tu sais à présent que Gallus est un sage.
La Flûte
Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.
À l'ombre du platane où nous nous allongeons
L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
Escalader la roche et brouter les bourgeons.
Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
Inégales que joint un peu de cire, aiguë
Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.
Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Silène,
Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacré,
S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.
À Sextius
Le ciel est clair. La barque a glissé sur les sables.
Les vergers sont fleuris, et le givre argentin
N'irise plus les prés au soleil du matin.
Les boeufs et le bouvier désertent les étables.
Tout tenait. Mais la Mort et ses funèbres fables
Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain
Où les dés renversés en un libre festin
Ne t'assigneront plus la royauté des tables.
La vie, ô Sextius, est brève. Hâtons-nous
De vivre. Déjà l'âge a rompu nos genoux.
Il n'est pas de printemps au froid pays des Ombres.
Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison
D'immoler à Faunus, en ses retraites sombres,
Un bouc noir ou l'agnelle à la blanche toison.
HORTORUM DEUS
I
Olim truncus eram ficulnus.
HORACE.
À Paul Arène.
N'approche pas! Va-t'en! Passe au large, Étranger!
Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
Dérober les raisins, l'olive ou l'aubergine
Que le soleil mûrit à l'ombre du verger?
J'y veille. À coups de serpe, autrefois, un berger
M'a taillé dans le tronc d'un dur figuier d'Égine;
Ris du sculpteur, Passant, mais songe à l'origine
De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
Jadis, cher aux marins, sur un bec de galère
Je me dressais, vermeil, joyeux de la colère
Écumante ou du rire éblouissant des flots;
À présent, vil gardien de fruits et de salades,
Contre les maraudeurs je défends cet enclos...
Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
II
Hujus nam domini colunt me
Deum que salutant.
CATULLE.
Respecte, ô Voyageur, si tu crains ma colère,
Cet humble toit de joncs tressés et de glaïeul.
Là, parmi ses enfants, vit un robuste aïeul;
C'est le maître du clos et de la source claire.
Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
Mon emblème équarri dans un coeur de tilleul:
Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
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